MISSION DES VEUVES DANS LA BIBLE
Dans l’Antiquité juive, la veuve est socialement marginalisée car elle est signe de malheur par excellence. Elle n’a plus aucune richesse, rien qui lui appartienne en propre. Au contraire, elle devient propriété de sa belle famille, tandis que sa propre famille n’a aucune obligation de l’aider. Bien souvent, pour assurer sa subsistance et celle de ses enfants, elle n’a comme seule issue que d’accepter le remariage avec un frère de son mari. C’était la loi du Lévirat. Mais Dieu se préoccupe d’améliorer peu à peu son sort tout au long de l’histoire biblique, si bien que dans l’Eglise primitive la veuve bénéficie peu à peu d’une place privilégiée. La veuve est le symbole du pauvre sans défense, qui persévère dans la confiance en Dieu. Elle reçoit ainsi la mission d’être, d’une part témoin de l’amour de Dieu et ensuite témoin de l’espérance qu’on doit placer en Dieu.
Témoin de la bonté et de l’amour de Dieu :
Dans l’Ancien Testament : Comme l’orphelin et l’étranger, la veuve fait l’objet d’une protection spéciale de Dieu : « C’est Dieu qui rend justice à la veuve et à l’orphelin et Il aime l’étranger » (Dt. 10,18)
La veuve bénéficie aussi de la protection de la loi donnée par Dieu à son peuple, pour marcher selon son esprit d’amour. Il est le Père de l’orphelin et défenseur des veuves : « vous ne maltraiterez aucune veuve ni aucun orphelin. Si tu le maltraites et qu’il crie vers moi, j’écouterai son cri. » (Ex.22,21-22) Dieu écoute et entend la plainte de la veuve : «Dieu ne néglige pas la supplication de l’orphelin, il est son défenseur et son vengeur » (Siracide 35.14). Dieu se fait son défenseur et son vengeur. Il menace ceux qui abusent de la faiblesse de la veuve « maudit celui qui fait dévier le droit de la veuve et l’orphelin » (DT. 27,19)
Ainsi la veuve trouve en Dieu sa vraie sécurité et son assurance, elle vit dans sa vie cette mission d’être témoin que l’on peut toujours espérer en la bonté de Dieu et en la fidélité de son amour. A l’exemple de la veuve, tout le peuple se trouve donc appelé à vivre la béatitude de la pauvreté et à devenir bon comme Dieu est bon.
Dans le Nouveau-Testament : Dieu lui-même en la personne de Jésus son fils, manifeste sa sollicitude à l’égard de la veuve. Jésus redonne vie au fils unique de la veuve de Naïm, et la rencontre de Jésus avec la veuve devient une visitation de Dieu au pauvre « Tous furent saisis de crainte, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple ». (Lc 7, 11-16) Il confie à Jean sa mère Marie devenue veuve car elle n’a plus de protection humaine (Jn 19,26)
Cette attention de Dieu pour les veuves entraîne l’Eglise à être solidaires des veuves et à se préoccuper de subvenir à leurs besoins : « La manière pure et irréprochable de pratiquer la religion, c’est de venir en aide aux veuves et aux orphelins dans leur malheur ». (Jc 1,17) Pensons à la sollicitude de Pierre qui ressuscite la veuve Tabitha de Joppé (Ac 9,36). Dans les Actes des Apôtres 6,1-7, nous voyons la naissance des diacres, car les Apôtres ne pouvaient plus faire face et ils leur confient la mission de s’occuper des veuves de toutes origines.
La veuve est le modèle du pauvre qui met toute sa confiance en Dieu qui sauve et ressuscite, le modèle par excellence du peuple des « anawins », ce petit noyau des pauvres de Dieu fidèles à l’Alliance. Elle est ce pauvre qui crie vers Dieu, lui fait confiance en attendant tout de Dieu et de sa Loi. Elle illustre ainsi l’attitude filiale qui doit être celle de tout le peuple à l’égard de son Père.
Elle est parabole de l’épreuve comme un appel à la conversion.
.Elle est parabole de l’Eglise pauvre et confiante. Le cheminement intérieur qu’elle vit est parole pour le peuple tout entier. C’est pourquoi tout croyant est interpellé par les passages où il est question de veuves, très nombreux dans l’A.T. et le N.T. Nous regarderons maintenant ce que nous enseignent quelques figures bibliques de veuves et leur mission confiée par Dieu :
La veuve met sa confiance en Dieu
La veuve de Sarepta : 1 Rois 17,7-16
Dieu a choisi cette veuve pour accueillir Elie et le nourrir en ce temps de sécheresse et de famine. Pour nourrir l’homme de Dieu, il lui est demandé d’offrir le peu qui lui reste et qu’elle gardait précieusement pour son fils et elle-même… A cette invitation à aller plus avant dans le don, elle obéit sans demander de preuves ni de garanties, elle donne tout, elle risque tout, elle a vraiment un cœur de pauvre. La veuve de Sarepta qui avait toutes les raisons humaines de refuser, vit dans la foi et l’abandon et sa pauvreté se fait accueil. Elle prend Dieu à témoin de sa misère, si bien que Dieu la prend comme témoin de la plénitude de la vie, qui est don de Dieu « cruche de farine ne se videra, jarre d’huile ne désemplira ».La veuve de Sarepta croit en la Parole de Dieu même lorsqu’elle parait incroyable.
Comment l’exemple de la veuve de Sarepta peut-il nous aider aujourd’hui dans la mission de veuve ? La veuve s’engage sur une Parole, la Parole de Dieu qui s’adresse à elle. A nous aussi Dieu veut pouvoir tout demander, et attend notre don total pour nous combler davantage. La veuve vit la pauvreté du veuvage dans la foi et l’abandon. Elle est totalement disponible pour tout ce que Dieu peut lui demander dans les évènements de la vie et les attentes des autres.
La veuve est une femme de prière et d’espérance
JUDITH : Jdt. 8,16
Judith est une veuve très belle et très séduisante. Elle rend courage aux israëlites assiégés, qui étaient prêts à se rendre aux païens, aux armées de Nabuchodonosor conduite par Holopherne. Depuis son veuvage, Judith est un être de prière et de pénitence : « elle s’était aménagé une chambre haute. Elle portait un sac sur les reins, se vêtait d’habits de deuil, et jeûnait tous les jours de son veuvage hormis les Sabbats et jours de liesse de la Maison d’Israël » .Jdt. 8,5-6 Elle engage le peuple à l’espérance et à la confiance totale et elle leur apprend à envisager l’épreuve sous son vrai sens : « rendons grâce au Seigneur notre Dieu qui nous met à l’épreuve tout comme nos pères… ce n’est pas une vengeance que Dieu tire de nous mais plutôt un avertissement dont le Seigneur frappe ceux qui le touchent de près. » Jdt. 8,25-27. Dieu choisit ce qu’il y a de plus faible pour triompher des forces du mal, Judith a le courage de se rendre dans le camp ennemi et décapite Holopherme qui avait été séduit par sa beauté. Par la foi, elle surmonte ce qui paraissait humainement impossible. Si elle s’est lancée dans cette entreprise courageuse et risquée c’est pour l’honneur et la gloire de Dieu, elle retrouve ensuite sa vie effacée et refuse les honneurs de sa victoire. Judith est vraiment témoin de Dieu, elle fait passer l’honneur de Dieu avant le sien, elle a un sens de ses responsabilités envers la ville et le peuple d’Israël et elle interpelle les chefs de Béthulie. Judith vit une mission d’intercession, elle supplie pour le peuple, risque sa réputation, son honneur, sa vie pour le délivrer. La veuve crie la victoire de Dieu.
Une mission pour les veuves aujourd’hui : Vivre en plein monde comme elle, gérer ses biens, se tenir au courant des évènements politiques et sociaux et s’y engager. Comme elle, s’occuper de son corps et de sa tenue. Vivre la fidélité à l’amour conjugal. Mener une vie de prière et de jeûne dans notre chambre haute sans peser sur les autres, mais se réjouir avec eux quand il le faut pour les fêtes. Comme elle, oser rappeler et défendre les intérêts de Dieu.
La veuve est une femme debout :
Anne La Prophétesse Luc 2, 36-38 (prophétesse signifie consacrée à Dieu)
C’est un modèle pour nous. Elle a vécu 7 ans avec son mari, donc elle a été une très jeune veuve étant donné l’âge précoce des mariages. Elle se tourne vers le Seigneur : « elle ne quittait pas le temple, servant Dieu nuit et jour » Elle vit intensément la prière. Sa vie entière est tournée vers Dieu. Elle veille et cette attente, ce vide laisse la place à l’Esprit-Saint qui la prépare à reconnaître l’Enfant qui vient, don de Dieu au milieu du peuple de Dieu, puisqu’elle est au Temple au même moment où a lieu la présentation de Jésus. Elle ne garde pas cette joie pour elle seule, et « se met à louer Dieu et à parler de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance d’Israël »
C’est en tant que veuve qu’elle met sa vie au service de Dieu. Elle est un modèle pour les veuves par ce long passé de fidélité à Dieu et à son époux. Anne ouvre la voie aux veuves de l’Eglise primitive et à celles d’aujourd’hui, le chemin de la prière, de la pénitence et de la louange.
. Anne est un modèle de la veuve debout, persévérante dans la prière, heureuse d’être toute donnée à Dieu, un témoin plein d’espérance qui s’ouvre aux autres en annonçant la venue de l’enfant. Louer Dieu par nos paroles et notre vie et l’annoncer devient une mission qui est aussi la nôtre.
La veuve est un témoin d’espérance
Elle crie au monde l’absurdité de la mort, mais elle témoigne à la fois de la victoire de Pâques dont elle vit.
Elle témoigne qu’une situation imposée par les circonstances, si elle n’est pas subie mais acceptée et offerte, peut engendrer la vie Is 61,3 : « Les endeuillés de Sion porteront le diadème et non la cendre….un costume accordé à la louange et non pas à la langueur ».
La veuve est témoin de la foi en la vie éternelle, de l’amour plus fort que la mort. Elle vit la tension de deux mondes : le monde terrestre et le monde d’en haut.
Par son espérance, sa charité, sa fidélité la veuve est signe de résurrection. En dépit des apparences de pauvreté et de faiblesse, l’épreuve qu’elle a traversée est un nouveau départ pour elle.
Toutes ces vies de veuves dans la Bible révèlent la mission importante de la veuve dans le monde qui n’est pas tant de l’ordre du faire mais plutôt de l’être et témoigne ainsi :
-De la force et de l’amour de Dieu qui s’expriment au cœur de la pauvreté du veuvage.
-De l’importance de la prière d’intercession, de louange. . -De l’espérance qui habite le cœur de la veuve chrétienne; elle a vécu dans sa chair que le désastre pouvait devenir tremplin, et chemin de conversion. Que l’échec n’a jamais le dernier mot.
-La solitude, même si redoutée, devient peu à peu vie intimité avec le Seigneur. A l’exemple de Marie qui a accompagné seule Jésus dans sa vie publique dans le silence jusqu’à la croix. (Plusieurs d’entre nous ont vécu aussi seule cette épreuve).
-Transmettre le goût de la vie, prendre soin de soi et de son corps; sûre que le corps est le temple de Dieu.
- La veuve met son espoir dans le Seigneur et elle retrouve un bonheur différent dans cette nouvelle étape de sa vie vécue avec le Seigneur. Sa vie spirituelle centrée sur le Christ, prend un sens nouveau.
Regardons le veuvage de Marie : Elle a parcouru toutes les étapes d’une vie de la femme : vierge consacrée, épouse, mère et veuve, elle est vraiment notre modèle notre reine. C’est pour cela que nous avons toujours à prendre Marie chez nous ; nos aînées nous ont ouvert ce chemin. Avec Elle nous avons osé dire notre oui, et avec elle nous apprendrons à accomplir de mieux en mieux notre mission de veuves.
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